Le béton, entre idées reçues et réalités

Le béton traîne une réputation tenace. Pour beaucoup, il évoque une urbanisation massive, des bâtiments imposants et une ville qui se serait construite trop vite, parfois sans ménagement. Cette image, profondément ancrée dans l’inconscient collectif, continue d’alimenter les débats autour de la construction et de l’aménagement urbain.
Cet article fait suite à un échange avec Hervé Camerlynck, directeur de Febelcem (Fédération de l’Industrie cimentière belge), qui apporte un éclairage nuancé sur un matériau souvent réduit à ses défauts.
Quand le béton devient le visage de l’urbanisation
À Bruxelles notamment, le béton reste intimement lié à la période de la “bruxellisation”. Une époque marquée par des démolitions rapides, des reconstructions peu concertées et une densification parfois subie par les habitants. Le matériau est alors devenu le symbole visible d’une urbanisation perçue comme agressive et déconnectée de la qualité de vie.
Pourtant, le béton n’est pas à l’origine de ces dérives. Le béton est avant tout une “pierre artificielle”, que l’on peut mouler et adapter, fabriquée à partir d’éléments simples : des graviers, du sable, de l’eau et du ciment. Autrement dit, ce n’est pas le matériau qui décide de la forme de la ville, mais bien les choix urbanistiques qui ont été faits à une époque donnée.
Urbaniser autrement plutôt que construire toujours plus
La manière de concevoir la ville a profondément évolué. Aujourd’hui, l’objectif n’est plus de raser pour reconstruire, mais de conserver, transformer et réaffecter les bâtiments existants. Cette approche permet de limiter l’étalement urbain et de préserver les espaces non bâtis.
Dans cette logique, le béton change de rôle. Même lorsqu’un bâtiment est démoli, le béton n’est pas perdu : il conserve une valeur et peut être recyclé ou réutilisé. Les déchets de démolition sont réintégrés dans le cycle de production, notamment via les cimenteries. À Bruxelles, cette logique d’économie circulaire est déjà une réalité sur de nombreux projets.
Le béton face au défi climatique
La production de ciment génère des émissions de CO₂, et ce point ne peut être ignoré. En Belgique, l’ensemble du secteur du ciment représente environ 3 % des émissions nationales de CO₂.
Rapporté à chaque habitant, cela correspond en moyenne à environ 300 kg de CO₂ par an et par personne. À titre de comparaison, cela équivaut à environ 2.000 km parcourus en voiture ou à la consommation annuelle d’environ 1.200 kWh de gaz naturel.
Ces chiffres montrent que l’impact existe et qu’il doit être pris en compte. Mais ils permettent aussi de le replacer dans un contexte global, parmi l’ensemble des sources d’émissions liées à notre mode de vie.
Depuis 1990, le secteur a déjà réduit ses émissions de 31 %, preuve que la transition est engagée.
Un matériau en pleine mutation
Le béton n’est pas figé dans le passé. De nouvelles solutions émergent pour réduire encore son impact environnemental. La capture du CO₂, déjà mise en œuvre dans une cimenterie européenne, permet de récupérer les émissions, de les purifier et de les stocker durablement, notamment dans d’anciens puits de gaz en mer du Nord.
Ces innovations montrent que le béton fait aujourd’hui partie des matériaux qui investissent massivement dans la transition écologique.
Bois et béton : dépasser l’opposition simpliste
Le bois est souvent présenté comme l’alternative idéale au béton. S’il affiche un bilan carbone plus favorable, comparer les matériaux de manière isolée reste réducteur. Un bâtiment doit être évalué dans son ensemble, sur tout son cycle de vie : fondations, structures, transport des matériaux, entretien, réaffectation future.
À cela s’ajoutent d’autres enjeux, comme la pression exercée sur certaines forêts déjà en surexploitation. Le bois comme le béton ont chacun des forces, à condition d’être utilisés au bon endroit.
Le bon matériau, au bon endroit
Le béton conserve des avantages concrets pour les particuliers. Il est rarement visible, il n’est donc pas nécessaire de l’aimer pour en bénéficier. Il offre une excellente durabilité, un bon confort thermique (notamment en été grâce à son inertie), une résistance élevée au feu et une grande liberté architecturale.
Il n’y a pas de bon ou de mauvais matériau. Il y a des choix de construction plus ou moins pertinents. Le béton a longtemps porté le poids d’une urbanisation mal maîtrisée. Aujourd’hui, il évolue et s’inscrit dans une réflexion plus globale sur la manière de construire des villes plus durables, plus denses, mais aussi plus agréables à vivre.